L'idée d'une alternative

Si on se pose honnêtement la question, on peut facilement comprendre pourquoi les réseaux sociaux peuvent avoir du succès. Tout simplement parce qu'ils sont des moyens de communication à la fois efficaces et innovants.

Alors oui, après y avoir un peu traîné, on est tenté de se dire qu'en matière de contenu Facebook, Twitter, Instagram et les autres servent surtout de formidables hauts-parleurs à la bêtise humaine, pour le dire poliment. Il ne s'agit cependant pas ici de se demander s'il est possible de redonner un peu de noblesse aux écrits de nos contemporains.

Ce qui m'intéresse, c'est de pouvoir disposer d'un moyen supplémentaire pour cultiver les liens que j'entretiens avec ceux dont je suis proche, et éventuellement en tisser d'autres avec des personnes avec qui j'ai quelque chose à partager. À priori, je n'ai pas tellement de raisons de m'attendre à un déferlement d'inepties de la part de gens avec qui je partage une forme de communauté de pensée.

Pour être en contact par la voie électronique avec toutes les personnes ou communautés avec qui j'ai quelque chose à partager, je pourrais me satisfaire de l'offre de Facebook. C'est gratuit, plutôt pratique, tout le monde y est, alors que demander de plus? Faut-il y voir un trait de caractère, personnellement, ce qui me manque, c'est peut-être la sensation de contrôle.

Si l'on veut bien simplifier les choses au maximum, Facebook est une sorte de gros ordinateur. Une gigantesque unité de stockage qui recueille les informations que plus de deux milliards d'être humains veulent bien lui confier sans vraiment se demander comment l'ordinateur marche. Et ça, ça me dérange: ce n'est pas mon ordinateur, je n'ai aucun moyen de contrôler ce qui s'y passe, je ne connais pas ceux qui en assurent le fonctionnement.

Au-delà de ces considérations, si on veut bien revenir à la réalité tangible, Facebook ce sont des milliers d'ordinateurs (de serveurs informatiques pour être précis), des dizaines de milliers d'employés, une consommation énergétique faramineuse, bref, ça coûte un pognon monstre à faire tourner. Et pour autant, l'argent est là, les bénéfices se chiffrent en milliards de dollars.

Les ressources financières de Facebook reposent sur une chose essentielle: la capacité de l'entreprise à profiler ses utilisateurs, ceci afin de pouvoir vendre à ses clients annonceurs une audience parfaitement ciblée. Oui, c'est tout. C'est en proposant de cibler au mieux les destinataires de la réclame publicitaire que Facebook fait son beurre. Pour cela, il lui suffit de s'appuyer sur la quantité invraisemblable d'informations que ses utilisateurs veulent bien lui dévoiler gratuitement.

Objectivement, c'est un bon modèle économique. La preuve, ça marche. Philosophiquement parlant, ou idéologiquement (c'est comme vous préférez), c'est autre chose. Je reconnais tout à fait le droit à chacun de s'en foutre, je n'ai pas à juger, mais me concernant, il est évident que ce modèle me dérange.

Même s'il est trop tard pour vouloir s'extirper du système, je n'apprécie pas l'idée d'être intégré dans une base de données, dont le propriétaire a besoin d'en savoir toujours plus sur moi. Qui sont mes relations, quels sont mes centres d'intérêt, à quel point peut-on m'influencer? Ces questions, des programmes informatiques ont pour mission d'y répondre. Il ne tient qu'à moi de les y aider ou pas.

Alors évidemment, si le fait d'utiliser Facebook me dérange, je n'ai qu'à me barrer, c'est sûr. Sauf qu'encore une fois, le modèle est bien foutu. Sans que j'aie besoin de donner plus de détails, chacun comprendra qu'une fois inscrit, il n'est pas compliqué de passer du statut d'inscrit à celui de captif. Tout est fait pour ça. Et ça marche. Deux fois j'en suis parti. Deux fois j'y suis revenu.

Pourtant, je reste persuadé que d'autres modèles sont possibles. Bien des gens à travers le monde y travaillent, et parviennent à développer des outils disposant de fonctionnalités “sociales” tout aussi performantes que celles de Facebook & co, tout en ne s'inscrivant pas dans une logique de profit. Alors évidemment, tout ce petit monde manque un peu de moyens. Mais en réalité, personne n'aspire à prendre la place de Facebook. Encore une fois, il s'agit juste de penser et créer un, ou des, modèle(s) différent(s).

Ce qui caractérise la plupart des alternatives qui se mettent en place, ce sont deux choses: la décentralisation (ou fédération), et l'invitation à être son propre fournisseur de service qui en découle. En gros, si je veux une alternative aux réseaux sociaux commerciaux, le plus simple pour moi sera d'y contribuer en mettant en place mon propre serveur, qui intégrera la fédération de tous ceux qui auront comme moi décidé de donner corps à cette alternative.

C'est pour cela que dans les jours qui viennent je compte lancer un ou plusieurs (ce n'est pas encore décidé) services de type réseau social hébergés sur un serveur dont j'assurerai moi-même l'administration. Il s'agira d'une petite brique de plus pour bâtir quelque chose de différent. J'espère que cela pourra en inspirer d'autres, qui à leur tour poseront leur petite brique. Et ainsi de suite.

Je vous en dis plus sous peu.

Humans and wire network in museum